La société suisse n’a jamais été aussi consciente de l’égalité des droits qu’au XXIe siècle. Néanmoins, il y a encore du chemin à faire dans de nombreux domaines. Si le secteur du BTP reste majoritairement masculin, toutefois, une tendance a commencé à se dessiner ces dernières années : les femmes restent certes en minorité absolue dans la construction en Suisse, mais leur proportion ne cesse d’augmenter. Dans cet article, nous présentons les chiffres et les tendances actuelles.

Frauen am Bau in der Schweiz 2022

Où sont les femmes dans le BTP en Suisse ?

De nombreux emplois dans la construction sont considérés comme des métiers traditionnellement masculins. Les maçonnes, les installatrices sanitaires et les charpentières sont une minorité sur les chantiers suisses. Le fait est que les femmes ont souvent peur d’embrasser une carrière dans l’artisanat. Les raisons de ce phénomène sont controversées, mais de nombreux spécialistes supposent que l’éducation sexospécifique, les normes sociales et le taux élevé d’hommes dans la construction expliquent pourquoi peu de femmes choisissent de faire carrière dans le secteur du BTP. Néanmoins, la proportion de femmes n’a cessé d’augmenter au cours des dernières années. Des progrès sont visibles, en particulier en ce qui concerne les carrières académiques dans la construction. Le programme de master en ingénierie civile de l’École polytechnique fédérale de Zurich en est un exemple. La proportion de femmes dans ce domaine d’études, dominé par les hommes, a augmenté en moyenne d’un demi pour cent par an au cours des 15 dernières années.

Selon différentes sources, le taux de femmes dans le secteur suisse du BTP est d’environ 12 à 18 %. Il y a quelques décennies, la proportion de femmes était encore faible, en dessous de 10 %. Cela s’explique par le fait qu’à l’époque, les femmes étaient de toute façon moins nombreuses à travailler et que la stigmatisation à l’égard des femmes dans le secteur du bâtiment était encore plus grande qu’aujourd’hui. Jusqu’à la fin des années 1970, l’accès à certains chantiers, comme celui de la construction de tunnels, était généralement interdit aux ouvrières du bâtiment, les femmes étant considérées comme un risque pour la sécurité.

Ces temps ont heureusement changé et de plus en plus de jeunes qui se lancent dans les carrières du bâtiment sont des femmes. Un autre exemple est celui du métier de peintre en bâtiment. Dans toute la Suisse, plus de 40 % des peintres sont aujourd’hui des femmes. Parmi les apprentis, les femmes sont même majoritaires dans certains cantons.

Cependant, les valeurs varient encore considérablement entre les différents métiers du BTP. Dans les domaines professionnels de la construction métallique, de la construction d’échafaudages et de la couverture de toiture, par exemple, la proportion de femmes reste de 5 % ou moins.

Les entreprises du BTP s’y intéressent beaucoup

De nombreuses entreprises actives dans le secteur du BTP ont reconnu les opportunités qu’offrent les collaboratrices. Des enquêtes menées dans les entreprises du BTP à travers l’Europe ont permis d’examiner les motivations qui poussent le secteur à rechercher activement des travailleuses :

  • Dans de nombreux pays européens, le secteur du bâtiment connaît une grave pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Les femmes aident à combler le vide laissé par le vieillissement de la génération du baby-boom.
  • Les femmes employées dans le secteur de la construction sont plus nombreuses que la moyenne à avoir suivi des formations académiques. Elles apportent ainsi de nouvelles idées, perspectives et savoir-faire à l’entreprise.
  • Un personnel mixte est plus attrayant, plus efficace et attire davantage de femmes. Plusieurs études universitaires européennes et américaines le prouvent.
  • De nombreux employeurs considèrent que les employées sont plus disciplinées, plus conscientes de leurs obligations et plus motivées que leurs collègues masculins.
  • L’image d’une entreprise s’améliore lorsque la proportion de femmes augmente. Les entreprises qui emploient beaucoup de femmes sont considérées comme modernes, contemporaines et progressistes.

Que fait le BTP en Suisse pour attirer les femmes ?

Ces dernières années, de nombreuses entreprises se sont davantage concentrées sur l’embauche de femmes. Le secteur du bâtiment ne fait pas exception à la règle. Mais que font concrètement les entreprises du BTP pour attirer davantage de femmes ?

  • Certaines offres d’emploi mentionnent que les femmes sont recherchées ou que les femmes sont expressément les bienvenues.
  • À qualifications égales, la préférence est donnée aux femmes.
  • Recruter activement des jeunes femmes en début de carrière et des apprentis, par exemple lors de salons professionnels, dans les écoles secondaires, les lycées et les universités.
  • Une rémunération égale à performance égale – indépendamment du sexe.
  • Proposer des modèles de travail flexibles comme le temps partiel ou permettre une garde d’enfants à prix réduit.
  • Une action cohérente de la part des supérieurs hiérarchiques et des RH en cas de discrimination, de sexisme ou de harcèlement.

Mais si l’intérêt du secteur est si grand et que les femmes sont activement recrutées, pourquoi la proportion de femmes dans le secteur suisse du BTP reste-t-elle inférieure à 20 % ?

Cela s’explique notamment par le fait que les mesures prises aujourd’hui par le secteur du BTP sont encore relativement récentes. Il peut s’écouler des années, voire des décennies, avant que de telles stratégies ne portent leurs fruits. Il y a quelques décennies, les femmes étaient très rares sur les chantiers en Suisse. Certes, il y avait déjà quelques ouvrières du bâtiment, mais c’était loin d’être la norme. La plupart des entrepreneurs ne se sont pas souciés de trouver des employées, bien au contraire. Souvent, les entrepreneurs préféraient les ouvriers du bâtiment de sexe masculin. La discrimination était monnaie courante et, dans de nombreux cas, les femmes étaient dissuadées de poursuivre une carrière dans le bâtiment par le secteur lui-même.

Par ailleurs, les points de vue de la société et la pression sociale ont également contribué à ce que les femmes aient eu du mal à s’implanter dans le secteur de la construction. A présent, le BTP tente de rééquilibrer la situation en lançant des campagnes de recrutement. Il était grand temps que le secteur se réoriente et il reste à espérer que la tendance se poursuive.

Qu’est-ce qui motive les femmes à travailler dans le BTP ?

Les employeurs ne sont pas les seuls à bénéficier de la présence d’employées dans le BTP, l’inverse est également vrai. Pour les femmes qui osent se lancer dans le secteur du BTP, un large éventail d’opportunités et de possibilités différentes s’offre à elles :

  • Comme dans d’autres métiers traditionnellement “masculins”, la rémunération dans le bâtiment est plutôt bonne. La pénurie actuelle de main-d’œuvre qualifiée fait également grimper les salaires.
  • De nombreuses entreprises travaillent d’arrache-pied pour augmenter la proportion de femmes dans leur personnel. A qualifications égales, les femmes ont plus de chances d’obtenir un emploi fixe que les hommes dans de nombreuses entreprises.
  • Les femmes peuvent faire leurs preuves dans des professions dominées par les hommes et jouer un rôle de modèle pour les autres femmes.

De nombreuses femmes ont déjà compris l’avantage que représente le secteur du BTP et ont entamé une carrière dans ce domaine. Malheureusement, il y a aussi des femmes et des filles qui s’intéressent à une carrière dans la construction, mais qui n’osent pas réaliser leurs rêves. Les débutantes craignent parfois la stigmatisation qui accompagne la carrière d’une femme dans le bâtiment. Beaucoup considèrent qu’un travail manuel dans le bâtiment n’est pas prestigieux et ne mérite pas d’être recherché. Certaines femmes craignent donc d’être méprisées par leur famille et leur entourage parce qu’elles souhaitent travailler dans le bâtiment. Même si la stigmatisation des femmes dans les métiers masculins est totalement infondée, elle n’en est pas moins réelle.

Il y a encore beaucoup à faire

Les femmes restent minoritaires dans le secteur du BTP. Reste à savoir si les femmes représenteront un jour 50 % de la branche ou s’il existe aussi des différences et des préférences indépendantes de la société dans le choix d’une profession. Mais le fait est qu’aujourd’hui encore, beaucoup moins de femmes que d’hommes choisissent de faire carrière dans le bâtiment. A quoi cela peut-il être dû ?

  • La Suisse est – en comparaison avec les pays du centre de l’Europe – un pays plutôt conservateur. Dans l’esprit de beaucoup, l’image de ce qu’est une femme et de ce qu’elle doit être est imprégnée de stéréotypes féminins. L’image de dur labeur physique, de poussière et de saleté que véhiculent les métiers du bâtiment ne semble donc pas appropriée.
  • Selon certaines études, les femmes sont en moyenne plus nombreuses à s’intéresser aux activités créatives et à celles qui impliquent des contacts humains. Les hommes, en revanche, s’intéressent plus aux objets. Cela pourrait expliquer en partie les différences que l’on observe dans le choix de carrière.
  • L’éducation et la formation scolaire continuent de jouer un rôle. Il y a moins de 10 ans, dans de nombreuses écoles primaires et secondaires suisses, les filles devaient suivre les cours de “cuisine” et de “couture”, tandis que les garçons allaient aux “travaux manuels”, où ils travaillaient le bois et le métal. De plus, certains parents n’autorisent pas leurs filles à jouer avec des blocs de construction ou des pelleteuses, tandis que leurs fils ne peuvent pas jouer à la poupée.

Comment améliorer encore la situation actuelle des femmes dans le BTP en Suisse ?

Le problème de l’inégalité des sexes est profondément enraciné. Certes, il existe aussi des différences génétiques entre les hommes et les femmes, mais c’est avant tout la société qui est considérée comme responsable de l’inégalité. Ce ne sont donc pas seulement les entreprises de construction, mais la société dans son ensemble qui devrait prendre des mesures pour permettre des choix de carrière équitables pour les deux sexes.

  • Si les filles s’intéressent à la construction, aux pelleteuses et aux grues, il ne faut pas empêcher cet intérêt. Au contraire, les parents et les surveillants devraient prendre cette passion au sérieux et, le cas échéant, l’encourager.
  • L’intérêt pour les métiers traditionnellement masculins, comme le bâtiment, peut être éveillé par des journées “Futur en tous genres”, des visites d’écoles, etc.
  • L’utilisation des nouveaux médias permet de s’adresser de manière ciblée aux femmes et aux jeunes filles.
  • Les parents devraient soutenir leurs enfants dans leur choix et ne pas leur imposer de carrière. Il en va de même pour les enseignants en ce qui concerne leurs élèves.

Les femmes dans le BTP : Comment la Suisse se situe-t-elle en comparaison au reste du monde ?

En comparaison avec d’autres pays d’Europe centrale et occidentale, la Suisse se situe à peu près dans la moyenne. En Allemagne, environ 18 % des employés du BTP est féminin, en Autriche 13 à 15 % et en France environ 13 %. Dans les pays d’Europe du Sud et de l’Est, les femmes ne représentent en moyenne qu’un peu plus de 3 à 7 % de l’ensemble des personnes travaillant dans le BTP.

La moyenne dans de nombreux pays anglophones est légèrement inférieure à celle de l’Europe occidentale. Aux États-Unis, la proportion de femmes dans le BTP est de 9 à 10 %, au Royaume-Uni de 11 %, au Canada et en Australie de 12 % et en Afrique du Sud de 11 %.

C’est en Scandinavie que le secteur du BTP compte le plus de femmes, avec la Norvège qui occupe la première place. Grâce à des quotas et à une formation non sexiste, la Norvège atteint un taux de 35 % de femmes dans le BTP.

De nombreux pays du Moyen-Orient, de l’Asie du Sud-Est et du continent africain ont un pourcentage de femmes très bas, ou ne publient aucune information sur les femmes dans le secteur du BTP. L’Arabie saoudite et l’Indonésie ont des valeurs particulièrement basses.

Conclusion

Le secteur suisse du BTP est toujours dominé par des travailleurs masculins. D’un point de vue international, la Suisse est malheureusement plutôt la norme que l’exception. Néanmoins, les choses commencent à bouger et la proportion de femmes ne cesse d’augmenter, même en Suisse. La proportion de femmes parmi les débutants dans de nombreux emplois du BTP est beaucoup plus élevée qu’auparavant. Les filières d’études et d’apprentissage liées à la construction accueillent également de plus en plus de diplômées. La filière “Peintre CFC” compte même déjà plus d’apprenties que d’apprentis dans certains cantons. Au cours des dernières décennies, les points de vue et les rôles de la société ont également évolué. Malgré tout, il y a encore de la marge.

Mais de nombreuses entreprises de construction ont entre-temps reconnu le potentiel que représentent les collaboratrices et recrutent donc activement des femmes. Une approche ciblée, des modèles de travail flexibles et une rémunération égale sont également des étapes fondamentales dans le secteur du BTP pour attirer le personnel féminin. Mais ce n’est pas seulement le BTP qui doit agir, c’est la société dans son ensemble, afin de permettre aux deux sexes de faire un choix de carrière équitable. L’influence est particulièrement importante dans l’éducation des parents et dans les écoles, où les jalons sont posés. La promotion des intérêts, indépendamment des stéréotypes liés au genre, peut aider à motiver les filles à faire carrière dans la construction à un stade précoce. Le chemin est encore long, mais il semble que nous avancions dans la bonne direction.